Le futur de la jeunesse européenne en agriculture

Le futur de la jeunesse européenne en agriculture

Par Jeanne Verlinden (*)

Quelques questions et réponses depuis l’Europe pour la relève et l’établissement des jeunes en agriculture et pour la construction future de la DSC02051souveraineté alimentaire.

« Transformer l’agriculture afin de changer la société » voici le message de la jeunesse.

Rappelons-nous comment commence la déclaration des principes de base de la Coordination européenne Via Campesina (CEVC) : « Nous, organisations membres de la Coordination européenne Via Campesina, souhaitons renforcer le mouvement paysan européen pour faire changer la Politique Agricole Européenne (PAC). Nous défendons le droit à la souveraineté alimentaire, nécessaire pour ce changement […]». Depuis qu’elle a été écrite, en 2007, plusieurs choses se sont succédées et ont été réalisées grâces aux jeunes présents dans les organisations membres de ECVC, ce qui nous amène à penser qu’au-delà de la lutte pour le changement nécessaire de la PAC, nous voulons travailler à un changement de modèle de la société dans sa globalité. Et ces changements, depuis toujours, passent par l’inclusion des jeunes au travail au champ, au travail dans les organisations afin de défendre la souveraineté alimentaire.

La situation de l’agriculture et le futur de la PAC pour la jeunesse

Il nous semble impossible d’éviter de parler de relève et d’inclusion des jeunes en Europe sans parler de la PAC et du modèle capitaliste existant. Pourquoi? Depuis sa création, la PAC a eu comme objectif de réduire le nombre de paysans et d’intensifier la production agricole. Avec le capitalisme, ses normes et ses lois de marché, nous en sommes arrivés à la création d’un modèle agricole dominant ayant de terribles conséquences: les petites fermes agricoles ont presque toutes disparu; l’âge moyen des agriculteurs actifs est de 55 ans et ceux-ci n’entrevoient pas la possibilité de transmission de leur outil de travail. Enfin, les jeunes qui désirent s’établir en agriculture voient leurs projets souvent refusés ce qui participe à la disparition de l’agriculture paysanne et de la vie rurale, et rend également difficile la possibilité de produire de manière durable.

Le lien entre l’international et la VIA CAMPESINA

Malheureusement, la réalité décrite, nous la partageons avec toutes les régions du monde, dont quelques unes avec une population paysanne plus importante mais de manière égale avec la jeunesse qui jour après jour quitte la campagne pour la ville afin de trouver d’autre façon de survivre. Dans notre cas, la lutte se construit de l’échelle locale à l’échelle internationale, avec un seul objectif commun : récupérer nos droits de base afin de pouvoir décider si nous restons ou si nous retournons au travail des champs, une option qui nous est aujourd’hui déniée. Nous exigeons de pouvoir décider comment nous allons produire les aliments, comment nous nous alimenterons, en revendiquant le droit à la terre comme premier pas vers l’atteinte de la souveraineté alimentaire. Depuis 2004, avec la première conférence internationale de la jeunesse de Via Campesina, nous travaillons tous ensembles, partageant nos problèmes et nos solutions, nos expériences au champ et dans la lutte. Nous avons d’ailleurs identifié des problèmes communs en Europe et dans d’autres régions, c’est-à-dire :

  • Le manque de reconnaissance social des paysannes et paysans ainsi que l’image négative liée à l’agriculture. Notre fonction principale qui est de produire des aliments sains et durables respectant et dynamisant le territoire n’est pas reconnue.
  • L’accès difficile à la terre, aux infrastructures et au financement pour s’établir en agriculture ou pour prendre la relève de la ferme familiale. En Europe, il faut souligner que plusieurs projets d’établissement en agriculture viennent des jeunes de la ville désirant s’installer en campagne et vivre de l’agriculture. Pour ceux n’ayant pas de terre agricole familiale, il est très difficile d’en acheter ou d’en louer une à un prix raisonnable. Trouver des appuis administratifs est quasi impossible, très souvent, les jeunes se font mettre des bâtons dans les roues. Également bien peu de fils ou de filles d’agriculteurs poursuivent les activités de la ferme familiale car la reprise entraine un endettement important induisant la soumission à un modèle intensif.
  • Il est difficile trouver de la formation adaptée aux jeunes qui désirent s’établir en agriculture selon un autre modèle de production que celui d’agriculture intensive. En plusieurs régions s’offrent des formations orientées en agriculture industrielle, productiviste et chimique sans lien avec l’agriculture durable et pourvoyeuse d’aliments que nous souhaitons développer.

Les expériences

Depuis quelques années, pour faire face à ces difficultés, il s’est construit une multitude d’alternatives sachant que l’établissement en agriculture est la base de la lutte pour la souveraineté alimentaire et le changement de société. Sentant cette responsabilité commune, nous parions que nous pouvons vivre de nos fermes, dans nos régions, dans nos communautés, en démontrant que nous avons la capacité de développer nos propres façons de faire pour développer notre agriculture paysanne

Par exemple, il existe de nouvelles possibilités quant à la propriété de fermes communautaires ou de coopératives, etc. Parfois, nous les pensons en terme de responsabilité commune entre paysans et consommateurs. Il existe une grande variété de formes d’organisations et celles-ci ont comme objectif commun de soutenir un type de production durable, telle que la production d’aliments vendus localement, à prix juste et surtout dans le respect des productrices et producteurs.

En respect de l’accès à la terre, il s’est formé des coopératives comme «Terres de liens » en France et « Terre en Vue », son équivalent en Belgique, pour permettre de récupérer les terres et faciliter l’établissement des jeunes ayant des projets en agriculture durable. Même si ces initiatives sont très importantes, elles ne peuvent pallier au rythme de la perte des terres agricoles et pas plus satisfaire les demandes et nécessités majeures des jeunes. C’est dans ce contexte que nous organisons des campagnes d’occupation des terres dans de nombreuses régions d’Europe. Par exemple, nous avons milité contre la construction d’un aéroport en France, contre l’installation d’un train à haute vitesse au Pays Basque esspagnol et contre un projet minier en Roumanie.

Les formations alternatives se déroulent depuis notre organisation même, valorisant et transmettant les valeurs et connaissances des producteurs, de producteurs à producteurs.

Depuis Sao Paolo, en 2004, les jeunes d’Europe ont défini une «plate-forme jeunesse » d’où il se partage les problèmes rencontrés et les revendications. De ces rencontres sont d’ailleurs nés 2 groupes très importants de notre lutte: un premier, « Reclaim the field » (RTF), organisé entre les individus; et un second, avec les jeunes de ecvc, représentant les jeunes à l’intérieur de l’organisation même.

Comment accroître la relève dans les campagnes?

Même s’il est reconnu que les alternatives qui se construisent sont très importantes et ont de l’impact, nous devons dire qu’elles sont insuffisantes pour réussir le modèle de société que nous souhaitons et dont nous avons besoin. En effet, accroître la relève et l’établissement des jeunes dans les campagnes doit être un projet commun partagé par tous les citoyens. Ce doit être une lutte partagée.

Nous ne voulons pas parler plus de l’aide à la production ou des subventions de la PAC. Nos organisations luttent pour récolter les miettes d’une politique d’aide qui nuit aux productrices et aux producteurs, qui exploite l’être humain et les ressources naturelles. La prochaine période qui règlementera la PAC s’échelonne jusqu’en 2020. Avec l’âge moyen des agriculteurs et une politique qui ne tient pas en compte la relève et la nouvelle génération, peu de personnes resteront pour remplacer ceux en partance. Ainsi nous ne trouverons pas la solution!

C’est pour cela que nous exigeons une réforme agraire intégrale, qui en plus d’assurer une redistribution des terres, sera orientée sur l’établissement durable d’un ensemble de personnes. Nous avons également besoin de formations liées à un modèle productif agro-écologique, fondamental pour le développement de la souveraineté alimentaire. Et finalement, nous voulons sortir de cette vision unique de la ferme familiale et nous ouvrir à d’autres types de structures agricoles, en lien avec les réalités sociales et différente du modèle hétéro-patriarcal.

Et à l’intérieur de nos organisations!

Plusieurs de nos organisations ont développé des formations paysannes, comme nous l’avons déjà dit. Plusieurs d’entre elles transmettent les idées politiques de la Via Campesina mais en général, peu de celles-ci nous aident à nous organiser. Les jeunes d’Amérique latine, par exemple, avec une bonne formation politique, ont compris que pour réaliser cette lutte, il faut aller au champ proprement dit et aussi au « champ politique ».

En Europe, nos organisations s’ouvrent peu à peu aux jeunes malgré les difficultés. Il faut vaincre le manque de confiance à notre encontre et envers les établissements et les actions que nous proposons. Une grande ouverture des organisations envers les jeunes est nécessaire de même que de nouvelles formes de travail, de communication, etc.

Conclusion

Tous et toutes, jeunes et adultes, devons prendre conscience quela priorité pour la souveraineté alimentaire est la jeunesse et la recherche de solutions efficaces pour son installation. Sans ceci, il n’y a pas de futur possible!Si nous ne voulons pas faire face à un avenir sans jeune dans les campagnes, à une agriculture sans paysannerie, à des terres accaparées par “l’agrobusiness” dans un modèle de production non durable… Il est clair que nous devons avancer ensemble, paysans, jeunes et vieux ainsi que tous les autres acteurs de la société parce qu’un autre monde est réalisable ceci, afin de rendre possible l’établissement des jeunes et d’assurer la relève dans les campagnes au travers de la souveraineté alimentaire.

(*)Jeanne Verlinden

Mouvement d’Action Paysanne MAP

Ecole Paysanne Indépendante EPI 

Membre du Comité de Coordination Européenne Via Campesina ECVC

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